Lu sur
LeMonde.fr: la directrice générale de Facebook, Sheryl Sandberg, aurait déclaré:
"Facebook ne gagne pas plus d'argent si ses utilisateurs partagent plus d'informations. Au contraire, cela bénéficierait plus à nos concurrents ou nos partenaires tiers, qui peuvent ainsi mieux cibler leur propre publicité"
Ah bon???
Ne dit-on pas que connaître son client, c'est vendre?
Selon ma compréhension, lorsqu'un utilisateur partage un contenu, il accroît la visibilité de ce dernier. Il peut s'agir d'un produit, d'un service, d'une marque, d'une information ou de données personnelles, publiées auprès de l'entourage social ou d'un entourage méta-social (l'entourage social de l'entourage social).
Par extension, un contenu "recommandé" par une personne de notre entourage se voit doté d'une certaine valeur, variant généralement selon la crédibilité de la personne l'ayant recommandé. Pour les utilisateurs ayant regroupé leurs amis sous la forme de listes d'intérêt, le ciblage est encore plus évident!
Facebook peut en retour mesurer notre intérêt généré de deux manières. Premièrement, au moyen des manifestations explicites, via le "j'aime", le "partager" ou encore grâce à l'analyse sémantique des commentaires. D'autre part, Facebook peut explorer notre intérêt via des manifestations implicites, telles que le suivi des clics sur les liens, ou via son fameux (et polémique) dispositif
open graph. Ce dernier permet en effet à la société de récupérer l'irrécupérable, à savoir, ce que font ses utilisateurs lorsqu'ils quittent le site.
Toutes choses étant égales par ailleurs, je ne vois pas comment l'on peut nier que cette situation confère des informations vitales au mécanisme de ciblage publicitaire mis en place par Facebook. Pour ceux et celles n'ayant jamais mis les pieds dans le monde de la publicité dans Facebook, voici une liste non exhaustive des paramètres de ciblage que propose l'éditeur à l'annonceur:
- les données démographiques (âge, sexe, localisation)
- les données sociales (orientations sexuelle, religieuse et politique, situation maritale)
- les intérêts (par mots-clés)
- les langues parlées
- la situation professionnelle
- le niveau de formation/éducation
- des noms de personnes, de groupes ou de pages (qui joueront le rôle de 'vecteurs' vers d'autres groupes d'intérêt)
L'annonceur disposant d'une certaine maîtrise sur les données sociodémographiques de sa clientèle cible pourra dès lors optimiser le placement de son produit/service/marque au sein du réseau social. Il sera dur de nier ici que la corrélation entre ces deux connaissances ne mènerait pas à une meilleure probabilité de clic.
Dès lors, si la directrice générale de Facebook prétend que sa société ne gagne rien lorsque ses utilisateurs partagent plus de contenus, j'y vois trois hypothèses:
1) Facebook ne génère aucun revenu proportionnellement au nombre de clics opérés sur les publicités contextuelles.
2) Le dispositif de ciblage pour les publicités contextuelles ignore complétement les interactions des utilisateurs.
3) Le système de placement des publicités contextuelles étant interne à Facebook, il a accès à tout, même ce qui est marqué comme "confidentiel". Ce qui effectivement permet d'affirmer que "cela ne change rien, même lorsque l'utilisateur ne partage pas plus ses données". C'est tordu et extrêmement pervers comme raisonnement mais bon...
4) Dernière hypothèse: cette gentille demoiselle prend ses 450 millions de clients pour des abrutis.
Mais encore...
Continuant la lecture de l'article, voilà que je lis:
"Les Européens qui demandent plus de confidentialité dans le profil par défaut concernant les informations personnelles ne le pensent pas vraiment, car ils ne comprennent pas comment fonctionne Facebook, juge-t-elle. Si certaines informations, comme votre nom, votre photo ou la liste des vos amis n'étaient pas accessibles par défaut, il serait impossible de vous trouver sur Facebook."
Mensonge.
En premier lieu, certains utilisateurs ne veulent être "trouvés" mais veulent uniquement "trouver." Je pense ainsi à toutes ces personnes ayant clairement indiqué durant plusieurs mois qu'elles ne souhaitaient jamais voir apparaître leur profil dans les résultats des moteurs de recherche (interne ou externe). Pourtant, ces personnes ont parfois jusqu'à plusieurs centaines de contacts dans leur liste.
En second lieu, un utilisateur peut ne vouloir être identifiable que lorsqu'il y a une "intersection sociale". C'est le principe de la salle d'attente chez votre médecin: sa liste de clients est protégée par le secret professionnel. Toutefois, vous découvrez chaque fois une partie de ses patients en attendant dans la salle d'attente.
Facebook fonctionne de manière similaire: l'existence d'une personne "cachée" est révélée lorsque cette dernière décide de s'exprimer sur le mur de l'un de ses contacts. Là aussi, l'identité est révélée et c'est à ce stade que l'utilisateur tiers devrait pouvoir demander la mise en relation.
En troisième lieu, l'argument de la photo est facétieux dans la mesure où l'on peut publier une moustache de cheval comme photo de profil. Pourtant, ces personnes restent 'trouvables'...
En quatrième lieu, la liste d'amis. Jusqu'en septembre 2009, ma liste était privée. Je recevais pourtant des demandes provenant de personnes que je connaissais très bien. Comment expliquer alors qu'elles pouvaient me trouver sans difficulté et sans le moindre doute de me contacter par erreur?
En cinquième lieu, et c'est l'argument le plus important, l'utilisateur doit pouvoir devenir "introuvable" par les tiers lorsqu'il le souhaite, tout en restant accessible aux
amis qu'il a déjà acceptés dans sa liste, et cela, sans devoir "désactiver" son compte. Madame Sandberg a raison: les utilisateurs ne se trouveraient plus si tout le monde cachait son profil. Ce qu'elle ne précise pas, c'est que cette affirmation n'est vraie que si l'on considère que les utilisateurs cacheront leur profil
ad eternam, et non simplement temporairement.
Finalement, l'argument tout entier est facétieux dans la mesure où l'on accuse
les européens lorsqu'ils demandent un réglage sécurisé
par défaut. Le terme 'par défaut' est très clair: l'Union Européenne souhaite que le profil soit sécurisé tant que l'utilisateur n'a pas donné son accord pour accroître sa visibilité. Rien de plus. Rien de moins.
Cette fois, je ne vois pas trois hypothèses, mais une seule...je vous laisse deviner laquelle :)
(mince, j'ai de nouveau trop parlé...)